Quatrième de couverture

Samedi 17 avril

Voici ce que dit la présentation de Better Onboarding, qui paraîtra en mai chez A Book Apart :

When users try your product for the first time, what keeps them coming back? Onboarding can make the difference between abandoned accounts and devoted use—if we design it as a holistic, ongoing process.

Krystal Higgins demonstrates how the best onboarding experiences guide people as they interact, helping them follow their own path to success. Gain practical strategies and techniques for designing effective guidance, whether you’re working through a redesign, launching new features, rolling out service updates, or welcoming back returning users. Set aside the tutorials, manuals, and intrusive instructions of the past, and learn how to use guided interaction to help users find their way—and get value out of every step.

Ça me fait tiquer à plusieurs endroits.

Bon, déjà, ça parle d’« utilisateurs », comme des dealers de drogue. Mais ça, on se doutait bien qu’on n’y échapperait pas.

Le choix de l’adjectif « devoted » dans le premier paragraphe me semble tout à fait excessif. Incompréhensible, même. On est là dans un registre de langage dont le choix paraît indécent ou arrogant.

Mais le second paragraphe est pire.

Krystal Higgins demonstrates how the best onboarding experiences guide people as they interact, helping them follow their own path to success.

Le terme « experience », grand habitué des grilles de bullshit bingo, est un de ces mots qui a également contaminé le français, comme on le voit par exemple dans le combo toxique « expérience utilisateur ». Le genre de truc qu’on finit par utiliser (moi y compris) sans même plus le remarquer, alors qu’il est pourtant de la même engeance que le « devoted » ci-dessus, quoique avec une démesure un chouïa moins excessive.

Donc, non, cliquer sur des boutons virtuels avec une souris d’ordinateur ou taper dessus avec de gros doigts boudinés n’engendre pas franchement une explosion sensorielle digne de mémoire.

Ensuite, le « guide people […], helping them follow their own path to success. ». Une phrase qui, semble-t-il, réussit à mélanger un (pseudo ?) souci de la diversité avec, à nouveau, un registre de langage aussi excessif que fleurant bon l’hyperproductivisme.

Set aside the tutorials, manuals, and intrusive instructions of the past

Forcer le renouvellement. Ça me rappelle un « article » fort énervant de Marcel Pociot sur les composants Blade (dans Laravel) dans lequel il trouvait intelligent 1) de vanter la nouvelle façon de faire (plutôt que de simplement la décrire) et, surtout, 2) de casser du sucre sur la précédente méthode, à grand renfort d’adjectifs dégradants. Précédente méthode que tout le monde trouvait pourtant formidable et à la pointe du progrès, jusqu’au jour où une nouvelle façon de faire est apparue. Un cas qui va plus loin que la « simple » obsolescence des modes de développement logiciel ou que les cycles de hype irrationnelle : un symbole qui indique la parfaite adéquation de nos modes de pensées, aujourd’hui, avec une vision du monde valorisant le jetable et, idéalement, le jetable rapidement. La folie de la fuite en avant, toujours plus rapide, l’accélération mortifère comme seul horizon. Qu’il s’agisse de biens matériels ou de choses de l’esprit.

and get value out of every step.

Presser le citron jusqu’au bout. Astuce rentabilité : avec un extracteur de jus plutôt qu’un pressage à la main, on peut obtenir encore plus !

Il y a encore d’autres trucs qui m’ennuient dans ce court texte, mais bon, je vais m’arrêter là. Non pas que je m’inquiète de déjà sonner comme un papy anticapitaliste blasé (ça, ça va) mais je pense que ce que j’ai là illustre déjà assez bien l’idée générale.

Sans déconner : je sais très bien qu’A Book Apart cherche des arguments pour vendre sa came. Qu’ils ne pensent probablement pas littéralement ce qu’ils écrivent. Je me doute bien que le client moyen n’achète pas leurs livres par simple curiosité intellectuelle. Mais là ça devient grotesque. On dirait que le profil type de leur clientèle, celle qu’ils ciblent avec ces arguments, ce sont des gens hyper pressés et qui exigent que toute page de texte qu’ils liront dans laquelle ils investiront du temps et de l’argent se traduira en augmentation directe de leur chiffre d’affaires.

Du coup, on en arrive à des descriptions lunaires, du même acabit que, à une autre époque, les louanges d’élixirs miraculeux du Docteur Üntergegenberger faisant repousser les dents et les cheveux.

Oui, je suis un peu fatigué de l’ambiance de bullshit permanent dans laquelle on baigne coule. Et, oui, je me doute bien que — euphémisme — ça ne va pas aller en s’améliorant. Comme beaucoup, je cherche un équilibre (peut-être inexistant) entre la fuite et la résistance à la connerie :)