Chaud cacao

Vendredi 2 juillet

Lytton, petit village de la province canadienne de Colombie-Britannique, dans le sud-ouest du pays.

« Canada’s Hot Spot » proclame fièrement, avec un soleil orange, le grand panneau de bois à l’entrée du village.

Ils ne croyaient probablement pas si bien dire…

Le 27 juin, la station météo locale a enregistré un record de chaleur absolu : 46,6 °C. Du jamais-vu au Canada.

Le lendemain, 28 juin, explosion de ce record, avec 47,9 °C.

Le 29 juin, again : 49,6 °C.

Et le 30 juin… En à peine une quinzaine de minutes, un incendie fulgurant a ravagé quasiment toute la zone…

Lytton se situe sur le 50e parallèle nord. Soit très exactement celui où se situe également… la Belgique.

De ce que j’en ai compris, le Canada est en train de brûler sous l’effet de deux phénomènes climatiques.

Le premier est assez connu : le réchauffement climatique fait complètement déconner les jet streams. Résultat : des masses d’air chaud remontent beaucoup plus haut que la normale (celle qui est au Canada pour le moment provient du Mexique) et des masses d’air froid descendent beaucoup trop bas.

Souvenez-vous de l’« hiver » dernier, quand les gens se promenaient dehors en t-shirt par environ 25 degrés. Pendant ce temps, le sud de l’Europe (Grèce notamment) se prenait des tempêtes de neige complètement inhabituelles. Beaucoup trop chaud chez nous (masse d’air remontée du Sahara) et beaucoup trop froid ailleurs.

Le second phénomène est assez banal mais provoque, en l’occurrence, une catastrophe : des vents qui encerclent la zone de chaleur et qui, du coup, la maintiennent en place, l’empêchant de se disperser.

En quelques jours, le Canada a déjà comptabilisé des centaines de décès dus à la chaleur. Ce nombre est probablement sous-estimé.

Un petit graphique pour montrer à quel point les températures de ces derniers jours sont complètement inhabituelles :

Pendant ce temps, sous nos longitudes, on noie les terres sous des milliers de tonnes de béton. On construit des ghettos de riches sur les berges du fleuve tandis qu’on abat les arbres dans le centre-ville, laissé aux pauvres car ravagé par une urbanisation destructrice. On renforce chaque jour à grands coups de virilisme l’hégémonie totalitaire du transport individuel motorisé (voitures, scooters, motos) tout en considérant, sans la moindre distinction, tous les cyclistes comme des « sales bobos écologistes qui ne peuvent pas se payer une voiture », sans voir que cette locution insultante affirme en même temps un préjugé socio-économique et son exact contraire.

On peut supposer que la protection civile canadienne est relativement plus compétente et mieux organisée et équipée que son équivalent belge, en raison de l’habitude à un certain nombre de phénomènes naturels extrêmes (bien que ceux-ci impliquent généralement des températures à plusieurs dizaines de degrés en-dessous de zéro plutôt qu’au-dessus). Quand le même genre de catastrophe touchera l’Europe de l’ouest, il y a fort à parier que ce sera un massacre. Et qu’« on » dira qu‘« on n’aurait vraiment pas pu prévoir ». De quoi bien rigoler…

Sur ce, je vais aller boire un grand verre d’eau.