Décidément, tout cela reste fort distrayant

Mardi 28 décembre

Quatre jours. Dont deux jours de week-end.

C’est le temps qu’auront tenu les règles, disons, créatives décidées lors du dernier pow-wow intergouvernemental. À savoir : fermer de force toutes les salles de spectacle et de cinéma, ainsi que les musées, juste entre Noël et la fin de l’année. Un accès de créativité si improbable que personne ne l’a vu arriver. Alors que, au fil du temps, certains sont pourtant devenus assez doués pour anticiper les conneries qui nous tomberaient dessus dans les semaines suivantes.

Ce mardi, via un arrêt concis d’à peine une quarantaine de pages, le Conseil d’État a annulé la fermeture des salles de théâtre. C’est l’étincelle qui a fait déborder le vase, s’ajoutant au shitstorm de ces derniers jours, et, en soirée, on apprenait que le gouvernement fédéral s’était fait livrer une camionnette de chips pour pouvoir longuement discuter de comment ils allaient s’y prendre pour faire un virage à 180 degrés tout en se la jouant « je vous ai compris », en transformant en louanges et remerciements la colère suscitée par leur incompétence / criminalité / arrogance (biffer les mentions inutiles s’il y en a).

En parallèle, on apprenait également que certains « acteurs culturels » avaient réalisé, depuis dimanche, un chiffre d’affaires tout à fait exceptionnel. Par un bête effet de réactance. Il y a des tas de gens qui ne vont jamais (ou que très rarement) au cinéma. Il a suffi de leur dire que, désormais, les salles seront fermées pour que, soudainement, ils se sentent une folle envie d’enrichir leur culture (à grands coups de Matrix 4 ou de Spider-Man: No Way Home). Et les assez nombreux cinémas jouant aux rebelles en restant ouverts ont touché le jackpot, alors que leur posture était finalement très confortable, de nombreux éléments semblant indiquer qu’aucun d’entre eux ne serait réellement sanctionné pour non-respect de l’obligation de fermeture.

C’est donc tout bénef pour tout le monde : les « acteurs culturels » se seront fait une très grosse publicité et des rentrées financières hors-normes même en cette période de l’année. Et l’on peut parier que les différents gouvernements vont parvenir sans trop de mal à se faire passer pour des gens raisonnables, à l’écoute, empathiques. De bien chics types, en somme.

Nan, vraiment, ils sont doués.

Bon, en fait, même pas, vu qu’on semble être ici dans une bête situation impliquant, d’un côté, des pervers narcissiques et, de l’autre, une bonne part de la population qui, à force d’habituation et de marche forcée, a fini par se développer un p’tit syndrome de Stockholm des familles envers ses ravisseurs (ceci n’est pas une analyse psychologique, anthropologique ou sociologique formelle, la direction décline toute responsabilité en cas de mauvaise utilisation de ce point de vue sorti tout droit de sa subjectivité et de son inclination au badinage).

On a vu tellement de couillonnades depuis deux ans que c’en est devenu difficile d’en dresser la liste. Et pourtant, on a en eu de vraiment belles. Tiens, quelques-unes qui me reviennent, là, sur le moment :

Le couvre-feu

Le truc qui, apprend-on aux enfants, n’arrive que quand ton pays est en guerre, et qu’il n’est clairement pas dans le camp des vainqueurs. Le genre de chose que, en théorie, on ordonne au bon peuple quand il a statistiquement de bonnes chances de se prendre une balle perdue ou de se faire bastonner le groin par des milices jouettes ou une armée étrangère se la jouant fête du slip dans le centre-ville.

Mesure ici d’autant plus incongrue qu’elle peut porter à croire que les infections respiratoires se comportent comme de gentils mogwais qui se transforment en méchants gremlins s’ils bouffent des chips après minuit (comme le gouvernement fédéral, tel qu’évoqué supra).

En bonus, les heures de couvre-feu étaient différentes selon les régions, la version flamande du SARS-CoV-2 étant apparemment plus insomniaque que la version wallonne, cette chômeuse paresseuse.

La surveillance de tous les déplacements via les téléphones

Un cas tout à fait typique de « c’est techniquement faisable, alors faisons-le ». Comment ça, l’éthique ? Je ne vois pas le rapport avec le sujet.

Souvenez-vous, c’était mi-2020 : le gouvernement fédéral avait chopé l’accès à toutes les données de déplacement de toute la population auprès des opérateurs téléphoniques (votre téléphone leur indique votre position exacte toutes les trois secondes en moyenne, même avec toutes les fonctionnalités de « géolocalisation » désactivées). Il avait ensuite chargé une milice de startupeurs de faire du big data sur tout ça afin de vérifier si tout le monde restait bien chez lui.

Bon, ils ne s’en étaient pas vantés très longtemps. Après en avoir parlé quelques jours dans la presse, et dit à quel point c’était formidable comment la technologie allait nous aider à lutter contre le méchant virus, quelqu’un a dû leur souffler dans l’oreille (mais à un mètre et demi de distance) que, ce qu’ils faisaient, là, c’était quand même un peu beaucoup illégal et que, après quarante ans de néolibéralisme, les pratiques du type Stasi avaient plutôt une mauvaise image dans l’imaginaire collectif.

Ils ont donc évidemment continué. Mais en stoemelings.

Les applications mobiles

Sur le même thème du salut par la technologie bienveillante et amusante, rappelez-vous de cette application pour téléphones payée des millions d’euros d’argent public à une entreprise minuscule et sans expérience, via un deal complètement opaque qui fleurait bon le copinage et le conflit d’intérêt carabiné.

Ce bidule prétendait utiliser des communications Bluetooth® (vous savez, ce truc qui a une marge d’erreur qui peut atteindre une centaine de mètres) pour indiquer, de manière prétendument fiable et anonyme, si vous aviez croisée quelqu’un qui aurait peut-être été malade.

Je ne me rappelle même plus quel nom ils avaient donné à ce machin. Le truc a disparu des radars tel un ninja, exfiltré en toute discrétion quand il est devenu clair que ce très coûteux fiasco devait impérativement se faire oublier.

Les stocks de masques buccaux volontairement détruits

À l’époque, c’était toujours Maggie qui était miniss’ de la santé au fédéral. Quand on a appris que, tiens, c’est ballot, la Belgique disposait d’une « réserve stratégique » de dizaines de millions de masques buccaux à destination des institutions de soin et de santé. « Disposait », au passé, puisque ceux-ci ont été volontairement détruits. Parce qu’ils étaient « périmés », avait-ils dit. Il n’aura ensuite fallu que quelques jours pour que la vraie raison paraisse la presse : on avait simplement voulu récupérer de la place dans l’entrepôt et, c’est bien connu, les réserves « au cas où » pour des situations de crises, ça ne sert à rien puisque, dans ce pays, il n’y a jamais de crise.

Les champions du timing.

Les masques buccaux « gratuits » et toxiques

Vous vous en souvenez sûrement, vous aussi, de celle-là. Les fameux masques buccaux achetés par l’armée à une improbable société fictive au Luxembourg, gérée par deux mafieux, sans aucun rapport ni la moindre compétence démontrée en rapport avec le contrat, et tout ça pour, là aussi, des millions d’euros d’argent public.

Oui mais, pourrait-on dire, on a fini par les obtenir, ces fameux masques buccaux. Avec des mois de retard, en quantités incorrectes, etc., mais obtenus quand même. Et ensuite distribués « gratuitement » à toute la population.

Puis on a découvert que, oh ben ça alors, c’est pas de chance, ces machins avaient été traités avec des produits chimiques qui libéraient des particules d’argent, hautement toxiques pour l’organisme et, plus largement, pour l’environnement.

Les salons de coiffure clandestins

Couper les cheveux d’autrui (avec son consentement), une activité qui fut, pendant tout un temps, aussi téméraire qu’hautement illégale. Les zones de police de tout le pays se sont retrouvées submergées d’innombrables délations patriotiques à l’encontre de ces assassins qu’étaient les coiffeuses et les coiffeurs qui préféraient continuer à exercer leur métier plutôt que de crever la gueule ouverte, asphixié·es par les charges financières.

Les « rendez-vous instantanés »

Je m’en amusais début avril, de cette période durant laquelle les commerces « non-essentiels » (encore un concept qui pourrait donner lieu à quelques centaines de pages de dissertations) devaient fermer, mais-en-fait-pas-tout-à-fait.

Les masques obligatoires dans la rue

Même les jours de grands vents, voire de tempêtes.

Chacune et chacun aura ainsi eu le loisir de constater qu’il était parfaitement criminel de se découvrir la truffe en extérieur, mais parfaitement acceptable de laisser tourner le moteur du SUV à l’arrêt devant l’école des enfants.

On rappellera avec une pointe de taquinerie que, la pollution de l’air, c’est plus de vingt millions de morts prématurées par an, un génocide PIB-friendly renouvelé chaque année et dont le nombre de victimes rendrait jalouses même les plus plus virulentes éruptions de peste bubonique.

Le « pass sanitaire »

Chaque pays lui donne un nom rigolo différent, à ce bidule planifié et préparé par l’Union européenne en début d’année afin de généraliser la surveillance totale et la contrainte sur les corps.

Le seul moyen de faire croire à une majorité de gens qu’ils sont devenus premium tout en ne leur refilant aucun privilège, c’est de transformer une partie d’entre eux en parias. Le règne par la division, technique ancestrale dont les effets pédagogiques ont été découverts par un certain nombre de gens qui, jusqu’ici, se fichaient assez bien du fait que les discriminations arbitraires étaient déjà le lot quotidien de toutes sortes d’individus ayant l’outrecuidance d’avoir la peau trop bronzée ou un patronyme un peu trop exotique.

La Belgique est rentrée un peu tard dans le game (mais il faut dire que la France est souvent beaucoup plus douée que nous pour prendre de l’avance sur les trucs techno-autoritaires, industries nationales obligent). Mais on aura bien compensé ce retard.

Après les différenciations habituelles entre chaque région (entrées en vigueur à des dates différentes en fonction de la zone géographique,…) et les petits inconvénients juridico-administratifs faisant que les textes légaux n’ont pas été prêts pour les dates annoncées à grands coups de clairon dans la presse, le « CST », puisque c’est ainsi que s’appelle actuellement la version belge du bidule, s’est fait défoncer de partout après même pas un mois. Tant par des arrêts judiciaires un peu tatillons, qui y voyaient des atteintes aux droits fondamentaux (ces magistrats droitsdelhommistes, j’vous jure) que par les Experts™ patentés des plateaux télévisés.

Bien entendu, tout a été maintenu et, face aux démonstrations d’inefficacité du dispositif, il fut donc décidé, façon Shadoks, d’imposer, en plus du « pass sanitaire », l’obligation de se couvrir la tronche en toutes circonstances + se faire « tester » via prélèvement par l’un ou l’autre orifice du corps (on attend avec impatience qu’un vice-recteur de l’ULg invente un « test de dépistage » par voie anale).

Ils ont même trouvé un nom pour faire passer ce prodigieux aveu d’échec pour une grande innovation : le « CST+ ».

C’est plutôt ballot quand le fait de pouvoir enfin cesser le bal masqué (ohé ohé) en intérieur était, précisément, le seul argument de vente du machin pour convaincre les gens de gentiment accepter de décliner leur identité complète à chaque fois qu’ils voulaient boire un verre (peu importe le contenu de ce dernier).

Le « CST++ Premium Ultra VIP »

Bon, ce nom-là, je viens de l’inventer. Le concept, par contre, est bel et bien en préparation. Continuant tout naturellement la fuite en avant, le « pass sanitaire » se transforme progressivement en « pass vaccinal ». La France l’a annoncé officiellement tandis que, en Belgique, des partis disent « l’envisager », ce qui signifie vraisemblablement qu’ils testent les réactions publiques pour voir comment ajuster les derniers détails d’une mesure déjà décidée sans le dire.

À nouveau, un potentiel comique se dessine quand on se rappelle que, si les cours et tribunaux de ce pays n’ont pas fait sauter le « CST » dès les premières minutes de son entrée en vigueur, c’était justement au motif que, en théorie, y accéder n’impliquait aucune forme d’obligation vaccinale (le consentement éclairé, les responsabilités pénales, les subtilités droitsdelhommistes, tout ça tout ça). Cette évolution pourrait donc se révéler, elle aussi, franchement distrayante, surtout combinée à cette autre idée géniale officiellement-pas-décidée-mais-en-fait-peut-être-quand-même d’obligation vaccinale pour toute la population (sauf enfants de quatre ans ou moins parce que, dans ce pays, on ne plaisante pas avec le principe de précaution).

À ce propos, les observateurs avertis n’auront pas manqué de remarquer que les centaines de milliers de vaccins à destination des gamins de cinq ans et plus auront été achetés plusieurs semaines avant l’avis du « comité de bio-éthique » sur la question. Une institution qui, bien entendu, n’a ressenti aucune pression à faire un choix plutôt qu’un autre.

Et tout le reste…

Il y aurait encore plein d’autres trucs rigolos à déterrer. Et ce sans même mentionner toutes les choses amusantes sur le côté, comme les bases de données nationales parfaitement illégales dans lesquelles quasiment toute la population a été placée sans le savoir pour de multiples prétextes : « tests », vaccination, obtention de « pass sanitaire » et autres hasards malheureux tels qu’avoir été à un mauvais endroit à un mauvais moment (le concept encore hautement créatif des « cas contacts » — un truc qu’il serait fascinant d’appliquer pour la prévention de la gastro-entérite).

Il y eu, aussi, fin 2020, ces fermetures de magasins « juste pour marquer le coup », sans aucune autre (tentative de) justification qu’une volonté de calmer les gens en prenant une mesure aussi inutile que forte. Toutes les PME qui ont fait faillite ou ont à peine manqué de crever à cette occasion avaient moyennement apprécié.

Puis les différents cycles d’ouverture/fermeture arbitraires de différents secteurs, des écoles, des entreprises, chaque fois avec une incohérence si parfaite qu’on pourrait la croire voulue. Les règles qui changent toutes les semaines, voire tous les jours. Les histoires de « une dose », puis en fait non, ce sera deux. Puis, en fait, ce sera trois. Puis quatre, puis cinq, etc. et, à la dixième, tu as une frite gratuite. Les mélanges de vaccins différents chez une même personne puisque l’un d’entre eux, certifié tout à fait inoffensif, s’est quand même fait retirer son autorisation de mise sur le marché. Les masques buccaux qui « ne servent à rien » quand on en détruit les stocks mais qui deviennent obligatoires sous peine d’amende gigantesque dès qu’on en a racheté des nouveaux. Les panneaux « masque obligatoire » partout dans les rues, sans aucune valeur légale, alors qu’on est même pas foutu de réparer les feux de circulation en panne aux carrefours.

Et j’en oublie sûrement encore plein.

Franchement, les séries américaines, à côté de tout ça, c’est du pipi de chat.

Décidément, tout cela reste fort distrayant.